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Cancers du sein : quel bénéfice à long terme de la chimiothérapie néo adjuvante ?

Cancers du sein : quel bénéfice à long terme de la chimiothérapie néo adjuvante ?

© Pedro Lombardi / Institut Curie
Grâce aux avancées thérapeutiques et au diagnostic précoce, 80 % des femmes traitées pour un cancer du sein localisé sont en vie 10 ans après le diagnostic. Ces données encourageantes masquent des réalités parfois distinctes en fonction du type de cancer. Le point sur les facteurs pronostiques chez les femmes traitées par chimiothérapie néo-adjuvante avec le chirurgien-chercheur Fabien Reyal.

Quand décidez-vous de pratiquer une chimiothérapie néo adjuvante chez les patientes atteintes de cancer du sein ?

Fabien Reyal : Nous prescrivons une chimiothérapie néoadjuvante (avant la chirurgie) chez des patientes présentant un cancer du sein de grande taille et ou présentant des facteurs d’agressivité. Chez les patientes ne pouvant pas bénéficier d’une chirurgie conservatrice d’emblée, elle peut permettre de réduire la taille de la tumeur afin de recourir à un traitement conservateur. Chez les patientes présentant une tumeur à fort risque de récidive, elle permet de connaître la sensibilité de cette tumeur aux traitements. Toutefois, le bénéfice à long terme, 10 ans après l’acte chirurgical, n’a pas encore été clairement évalué. Nous avons donc analysé les facteurs pronostiques en fonction du temps chez 956 patientes traitées par chimiothérapie néo-adjuvante à l’Institut Curie entre 1981 et 1998.

Existe-t-il des facteurs de bon et de mauvais pronostic ?

F. R. : Etonnamment, nous montrons que la valeur de certains facteurs évolue au cours du temps. Un facteur considéré comme de mauvais pronostic dans les toutes premières années après la chirurgie peut parfois devenir un facteur de bon pronostic 5 ans après. Avant 5 ans une tumeur de haut-grade n’exprimant pas les récepteurs hormonaux est à fort risque de récidive, alors qu’après 5 ans son risque devient quasiment nul. A contrario une tumeur exprimant les récepteurs hormonaux a un risque faible les 5 premières années, mais ce risque persiste sur les 5 années suivantes.

Quelles conclusions en tirer vous ?

F. R. : La valeur pronostique des facteurs comme l’expression des récepteurs hormonaux de la tumeur et le grade varient dans le temps. Les patientes avec une tumeur exprimant des récepteurs hormonaux conservent un risque de développer des métastases pendant très longtemps. Il existe de ce fait actuellement une discussion au sein de la communauté médicale pour envisager une prolongation du traitement par hormonothérapie au-delà de 5 ans.
Les patientes avec une tumeur n’exprimant pas les récepteurs hormonaux ont un risque fort de survenue d’une récidive dans les 5 premières années après la prise en charge. Après 5 ans, il peut être considéré en l’absence de récidive que la patiente est guérie. Cela devrait impliquer des changements dans les recommandations de surveillance, et en termes de qualité de vie l’accès à des assurances bancaires à des taux raisonnables.

En savoir plus

En parallèle de ses activités de chirurgie, le Dr Fabien Reyal dirige une équipe de recherche translationnelle, créée dans le cadre du SIRIC, dédiée à l’évaluation de la réponse aux chimiothérapies néo-adjuvantes.

» Time-varying effect and long-term survival analysis in breast cancer patients treated with neoadjuvant chemotherapy.
Baulies S, Belin L, Mallon P, Senechal C, Pierga JY, Cottu P, Sablin MP, Sastre X, Asselain B, Rouzier R, Reyal F.
Br J Cancer. 2015 Jun 16. doi: 10.1038/bjc.2015.174.

Auteur :
Date : 06/07/2015